Le Figaro Madame

Douze couverts seulement : la cheffe qui dévore la criée

Aux Embruns à La Turballe, Maëlys Kermarrec rend justice à un produit autrefois humble : le poisson de pêche côtière.

Il faut dix minutes pour traverser La Turballe en voiture. Trois mille habitants, un port de pêche actif, une presqu'île qui ferme la baie de la Vilaine. Et au n°12 de la rue du Port, une porte étroite ouvre sur 12 couverts seulement, une cuisine ouverte et une cheffe qui ne lève jamais la tête.

L'humilité retrouvée du poisson

Maëlys Kermarrec a une obsession : rendre justice au produit côtier breton, longtemps confiné aux comptoirs des halles ou aux brasseries de bord de mer. Aux Embruns, le maquereau côtoie le homard sur la même carte. La sardine se fume dans le foin de Guérande. Le tacaud, méprisé par les amateurs, ressort en gravlax au cidre vinaigré, une merveille tendue.

« Douze couverts seulement. Une cheffe qui descend à la criée chaque aube. La ferveur d'un produit autrefois humble, hissé à l'évidence. »

La grammaire d'un service

Le menu se déroule en 7 services + bouchée d'accueil + mignardises. Comptez 2h30 à 3h. La salle est silencieuse — pas de musique, juste les bruits de la cuisine ouverte. Maëlys présente chaque plat depuis son piano, en deux phrases. La sommellerie suit, discrète, attentive.

Réservation indispensable, parfois trois mois à l'avance. Le service du dimanche midi est complet jusqu'en avril 2026. Aux Embruns, on ne mange pas — on assiste à la traduction d'une marée en assiette. Et la marée, ici, parle un dialecte qu'on n'entend nulle part ailleurs.