Le Télégramme

Maëlys Kermarrec, la cheffe qui descend à la criée chaque matin

Portrait de la cheffe des Embruns à La Turballe, qui réinvente la gastronomie de la mer en suivant la marée.

5h12 du matin. Le port de La Turballe sent l'iode et le diesel chaud. Maëlys Kermarrec, 34 ans, descend les marches de la criée d'un pas qu'on devine quotidien. « Je viens depuis 4 ans. Les pêcheurs me connaissent. Ils savent ce que je cherche. »

De Ferrandi à La Turballe

Originaire de Saint-Nazaire, Maëlys quitte la Loire-Atlantique à 18 ans pour intégrer l'école Ferrandi à Paris. Suivront 8 années de passages dans des cuisines étoilées : Anne-Sophie Pic à Valence, Pascal Barbot à L'Astrance, Glenn Viel à L'Oustau de Baumanière. En 2021, elle revient. « J'avais besoin de mon territoire. La Bretagne, la mer, la lumière de la presqu'île. »

« La mer décide, Maëlys traduit. Justesse des cuissons, acidités maîtrisées, respect absolu du produit breton. »

12 couverts, une seule promesse

Les Embruns ouvre en mai 2022 avec 12 couverts seulement. Pari risqué : pas de carte affichée, dîner uniquement, fermé le lundi. « Je voulais maîtriser chaque assiette. À 12 couverts, j'envoie chaque plat moi-même. » Le pari paye : Sélection Gastronomique en mars 2024, Mention spéciale Critique Gastronomique en novembre.

À côté de la cuisine ouverte, un mur de bouteilles : 380 références, 80% Loire et Bretagne. Antoine Le Goff, sommelier, défend une cave régionale militante. « On n'a pas besoin d'aller chercher Bourgogne ou Bordeaux. La Loire suffit. »

Lundi, Maëlys repose. Mardi à 5h, retour à la criée. La marée n'attend pas.